vieux violet a écrit :J'ai été longtemps entraîneur de handball, où la dimension physique est également très importante. Je voyais les sections sport-etude qui fixaient leurs critères de sélection sur la densité physique du jeune en préférant prendre des grands costauds même avec un petit niveau technique de préférence à des plus petits gabarits au niveau intéressant. Le critère premier c'était la taille et la masse musculaire. C'était donc assez discriminatoire et nombre de petits gabarits se détourne de ce sport à cause de celà. J'imagine qu'au rugby, comme dans d'autres sports c'est un peu la même chose.
C'est le cas au Rugby plus encore aujourd'hui qu'hier.
Pour plusieurs raisons.
1/ Le fait que la “sélection” pour intégrer le jeune joueur dans les filières élites s'opère de + en + plus jeune. Quand naguère le môme débrouillé rejoignait le “gros Club” c'était dans le meilleur des cas au sortir de Cadets, le plus souvent à mi-parcours de Juniors. Aujourd'hui, c'est pour rejoindre Gaudermen (cadets 1ere année) quand les mômes n'ont pas été récupérés un ou 2 ans avant en Minimes via des constructions de “sélections” en bassin. Ca signifie que le “tri” s'opère entre gamins préadolescents qui ne sont pas au mm stade de développement pour ce qui concerne l'horloge biologique. Ca signifie aussi que le bagage de technique individuelle et collective du joueur n'a pas eu le temps d'être pleinement développé (et pour cause en U14 le joueur découvre à peine le rugby à XV !) et que par conséquence la dimension physique prend encore plus de consistance dans la balance qu'hier !
Assez symptomatique; une large étude il y a deux ans en N-Z pour ce qui concerne les sélections Régionales de Jeunes a fait apparaître que plus de 80 % étaient natifs du premier semestre de l'année civile. Pourquoi ? Un môme de 13 ans né le 1er Janvier à une différence de développement moteur plus que substantielle avec son copain né le 31 Décembre. Si ces deux mômes se présentent en mm temps pour une sélection et qu'il s'agit d'en choisir un seul; c'est le premier qui sera invariablement retenu a fortiori si c'est la dimension physique qui prime !!! Le second aura passé son tour, alors que le premier est adoubé dans le système. Le 1er retenu dans le “gros club” s'entraînera 3 à 4 fois par semaine quand le second resté dans son club d'origine ne s'entraînera que deux fois. Le “supposé” delta entre les deux se creuse…Mais en réalité, nul ne saura jamais si le second à âge égal était meilleur ou moins bon rugbyman que le 1er !!!!! Comment perdre des cohortes de potentiels talents de manière systémique…Comme les Néo-Zed ne bénéficient pas de l'aubaine d'avoir un nombre de Licenciés comparable au notre, ils ont nécessité d'optimiser leur système de détection de talents, de lutter contre la déperdition. Ils ont rectifié le tir et étalent leurs sélections dans le temps, sur la durée d'une année civile pour que les mômes 1 et 2 soient jugés à âge égal sur une base de tests physiques et techniques comparés (à 13 ans et 6 mois, môme 1 était capable de faire ça; à 13 ans et 6 mois le môme 2 était capable de faire ça.)…Ils ne se limitent plus à les mettre face-à-face avec un ballon un samedi a-midi comme on le fait encore chez nous et que le meilleur gagne !!!!!
Exemple concret : E. De Fleurian. Je l'ai entraîné petit en U14. Je me rappelle du môme filiforme qu'il était alors. Natif de dernier trimestre. Il “pèse” zéro sélection. Ni Départementale et encore moins Régionale. Passé 100% en dessous des radars fédéraux. Heureusement jouant en Nationale U18 à Rillieux, étaient alors autorisés les natifs du dernier trimestre de l'année supérieure (ce n'est plus le cas), il a fait une 3ème année Juniors. Pour la 1ère fois depuis l'EDR il jouait avec des copains en étant le plus mâture du lot. C'est cette année là (et pas avant) qu'il se révèle véritablement. L'année d'après il enquille dans une Fed3 dominante et joueuse (c l'année où ils montent), l'année suivante confirme en Fed 2 . Thubert traîne ses guêtres par là, avec l'œil aiguisé il repère, lui propose contrat à Bourgoin en Fed 1. La machine est lancée. Mais il s'en est fallu d'un sacré concours de circonstances pour qu'il accroche le wagon du haut niveau en décalé….Que serait-il advenu s'il avait été junior dans un club qui ne joue pas en Nationale ? Que serait-il advenu s'il n'avait pas commencé dans une équipe de Fed3 dominante et qui envoie du jeu ? Que serait-il advenu si JHT n'avait pas trainé par là ? On peut aussi se poser la question inverse…Quel joueur serait-il devenu s'il avait pratiqué dans des filières “élite” en cadets juniors ? Bref, je pense qu'on perd bcp de mômes pour le haut-niveau de manière systémique et le plus souvent de manière irrémédiable. Un EDF faisant figure d'exception.
2/ Qui décide de prendre qui ?
On touche à la “qualité” des décideurs mais aussi du cercle trop restreint de qui décide ? Pour rentrer en Alamercery c'est généralement un entraîneur Alam accompagnée d''un directeur du sportif qui décident (parfois décrètent) qu'un tel est bon et pas tel autre. Tout ça en l'affaire d'1 a-midi…Les choses s'opèrent dans l'immense majorité des cas avec ZERO échange avec staff du club d'origine du môme qui eux pourtant connaissent et sur la durée points forts et faibles du joueur… Pour ce qui est de la “qualité” du décideur, généralement deux profils. Soit l'ancien joueur de haut-niveau qui prend illico du service après carrière auprès d'un collectif “d'élite” sans être passé par toutes les arcanes de la formation. Soit l'estampillé FFR, généralement jeune qui a suivi tout le cursus de formation fédérale (avec son lot de dogmes mais aussi de limites dans la compréhension du truc) mais n'a pas un long passé d'entraîneur de terrain. Il récite un truc qu'on lui a appris sur une base 1100 % théorique, applique à la lettre mais n'a pas les outils, l'expérience pour véritablement faire le bon tri.
On touche là (et la chose est invoquée + haut sur l'aspect sécuritaire) aux limites des formations Fédérales pour ce qui est du contenu des dites formations. On forme les mecs à réciter un truc prémâché et décidé en tout petit comité d'autoproclamés “sachants” (qui par définition ferme la porte aux profils “différents” par crainte de passer pour le vilain petit canard) mais on ne les forme pas à enseigner, transmettre etc…On les forme encore moins à déceler ce qu'est véritablement un potentiel, un talent qui ne saute pas forcément aux yeux au-delà d'une dimension athlétique. Y'a une grille préétablie, ça rentre dans la grille ou pas point ! Et tant pis si un C.Kolbe un peu timide se pointe avec une rage de dents ce jour là; on ne le “verra” pas…Et on ne le reverra plus !
Exemple : J'entraîne cette année un collectif Junior en Régionale 1 (c'est à dire deux niveaux en dessous de Crabos). J'ai 6 mecs en double licence. 5 avec Oyo, 1 avec USBPA. Ce sont de bons petits joueurs, sympas que je suis content de récupérer parfois (quand "Môssieur l'Entraîneur” daigne bien nous les filer qd ils ne jouent pas en ce qui concerne Oyo ! Alors qu'ils viennent de chez nous !!! ). De bons joueurs mais pas ultradominants non-plus quand ils redescendent de deux crans…S'il s'agissait véritablement de filières de haut-niveau, ils devraient l'être sur nombres d'aspects, quasi tous les domaines qui font l'excellence du Rugbyman…Athlétiquement mais aussi techniquement, stratégiquement, mentalement etc…. Qui ose imaginer qu'1 A.Dupont qui vendrait jouer à l'occasion sous le maillot Bressan soit 2 niveaux en dessous ne se montrerait pas ultradominant sur toutes ces dimensions ? Aucun de ces 6 joueurs ne monterait sur le podium de nos meilleurs joueurs si je devais établir un classement du meilleur au moins bon. Je dirais le meilleur d'entre eux serait au rang 4.
Conclusion : Soit ça signifie que le gros club n'a pas choisi, n'a pas vu, pas voulu ou su voir les bons, soit si tel a été le cas, que le travail n'est pas très bien fait dans des filières “élite” pour ce qui est d'optimiser la performance.
Pardon si c'est long mais on ne peut évacuer les pblms inhérents à la formation avec deux formules lapidaires. Et puis j'étais parti pour planter mes tomates mais il flotte sévère ici.