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Le 6 juin 1944, 5h du matin

Hommage au grand père

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Il était aviateur, on le surnommait Douky, il était mon grand-père et pour moi, c'était Cookie. En ce 6 juin 2019, à 5h00 du matin je me lèverai pour aller à Marcoussis, 75 ans après ce moment clé de notre histoire. Pas peu fier d'être son petit-fils, lui qui fut un mauvais père, mais un grand-père d'une influence rare.

Il y a 75 ans, les deux moteurs de son Boston Douglas III du groupe Lorraine commençaient à tourner sur un terrain de fortune de la basse Angleterre. Il était chef d'escadrille, fougueux et téméraire, grande gueule, décidé et toujours un peu fou, sa marque de fabrique. Il sera le premier Français avec son équipage en ordre de bataille le jour J.

Lui, qui au cours de l'année précédente bombardait en rase-motte les positions Allemandes en France. Lui qui dés 1940 était entré en résistance, volait les armes, renseignait pour mieux combattre l'occupant. Lui, qui un jour de 1942 se senti trahi, suivi par la Gestapo dont l'agent terminera sans vie dans une cage d'ascenseur. Lui qui dira à sa femme enceinte, je vais chercher des cigarettes et ne reviendra que 2 ans plus tard. Lui qui rejoindra l'Angleterre, trop vieux pour être pilote et qui mentira sur son âge pour pouvoir voler. Lui qui sera victime d'un attentat de la cinquième colonne en 1945 et y laissera un genou. 

Lui... Qui 40 ans après, regardant le front de mer dans sa maison de Vaux sur Mer, me parlera de sa guerre les larmes aux yeux et de ses camarades perdus. Lui, le compagnon de la libération.

En ce mardi de 1944, ils ont reçu l'ordre... C'est pour aujourd'hui. Sa mission est de partir avec son escadrille, deux par deux, à 15 mètres d'altitude et de réaliser un épandage le long des côtes du débarquement afin de masquer l'arrivée des bateaux et minimiser les dégats causés par les canons teutons. Il sera le premier à partir avec son "wingman". Il me racontera le silence qui règnait dans cet équipage à 3 ou 4 selon la configuration de combat. Personne ne parlait, seules les recommandations de son navigateur, François Sommer raisonnaient dans la carlingue. Ils savaient que c'était l'heure que tout le monde attendait : libérer la France. Arrivés à quelques mètre de la plage, les fumigènes étaient largués et les rotations des bombardiers légers du Groupe Lorraine allaient continuer pendant de longues heures. Il fallait se frayer un chemin entre les projectiles ennemies et alliés. Beaucoup ne reviendront pas. 

Partis à deux avions, il reviendra seul, l'autre Boston aura été happé par une vague de cette mer agitée. Aucun survivant... une fois de plus. Quelle idée de voler à plus de 400 km/h à 10 mètres d'altitude...

Viendront les longues heures d'attente afin de savoir si Overlord est un succès. Nous connaissons la suite...

La suite pour lui sera de continuer le combat, jusqu'au jour où il refoulera la terre de France non sans émotion, puis le retour auprès des siens.

L'un des souvenirs qui l'amusait le plus était ce jour de printemps 1943 quand un match de Rugby fut improvisé entre les Français et les Anglais. Il en parlait avec humour et poésie, de la fourberie et l'abnégation Anglaise, des coups, des bagarres qui avaient ressoudé les clans lors de cet instant où la balance commençait à pencher en faveur des alliés.

Mon grand-père est décédé le 22 novembre 1990, Il devait me remettre mes galons d'officier une semaine plus tard. Peu de temps avant sa mort, il avait appelé l'une de ses soeurs et lui avait parlé de moi longuement. Je l'ai su quelque temps après et j'ai pleuré. Dans ma famille, on ne disait pas que l'on s'aimait, que l'on était fier de ce que faisaient les enfants. 

Au moment de partir, je suis sur qu'il s'est rappelé ce jour de 1929, en train de tester un Potez 25 à haute altitude. Il voulait toujours aller plus haut, côtoyer les nuages. Mais ce jour là, l'essence gela et il pris un marteau pour aller taper sur le nez du biplan. Trop tard, l'avion décrocha et son parachute, sécurisé sur son siège s'ouvrit. Plus alimenté en oxygène, il perdit connaissance. L'histoire ne dit pas que ce jour là, le record de chute libre fut battu. Mais dans son absence, un rêve vint le chercher. Le rêve d'une femme qu'il rencontra plus tard sur les plages de Royan, plage où il fit atterrir son avion pour aller saluer celle qui deviendrait la femme de sa vie. Il était temps, en ce jour de novembre, d'aller rejoindre celle qui était partie un an plus tôt.

Une vie d'aventure se terminait. Mon grand-père...

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